17.03.2007

Confession de St Patrick (2)

Dès lors à la lumière de notre Foi en la Trinité, je dois faire ce choix et, sans appréhender le danger, de proclamer le don de Dieu et sa " consolation éternelle ", de répandre sans crainte mais avec confiance le Nom de Dieu en tout lieu, afin que, même après ma mort, je laisse un héritage à mes frères et à mes fils, à ces milliers d'hommes que j'ai baptisés dans le Seigneur !

Et je n'étais ni digne ni tel qu'il l'aurait fallu pour que le Seigneur fasse ce don à Son serviteur et qu'après tant d'épreuves et tant de peines, après la captivité et après de nombreuses années, Il m'accorde une si grande grâce au milieu de ce peuple, une chose que jadis, dans ma jeunesse, je n'avas jamais espérée ni même imaginée.


Mais, lorsque je fus arrivé en Irlande - je faisais paître le bétail chaque jour et je priais souvent dans la journée -, l'amour de Dieu et sa crainte m'envahirent de plus en plus, ma Foi grandit. Mon esprit se laissa conduire, de sorte que je faisais environ 100 prières en un seul jour et à peu près autant de nuit, aussi bien quand je demeurais dans les forêts que sur la montagne, que je me levais avant le jour pour prier, dans la neige, gel et pluie, que je ne ressentais aucun mal et qu'il n'y avait aucune paresse en moi - comme je le vois maintenant, car alors l'esprit était en moi plein d'ardeur.

Et là j'entendis une nuit, dans mon sommeil, une voix qui me disait : " Tu as bien fait de jeûner, tu vas bientôt retourner dans ta patrie ". Et peu de temps après, je perçus de nouveau une parole qui me disait : " Vois, ton bateau est prêt ". Et ce n'était pas dans le voisinage mais à une distance de 300 km, je n'y avais jamais été et je n'y connaissais absolument personne; peu après, je me déterminai à fuir, je quittai l'homme auprès duquel j'étais resté 6 ans. J'avançai par la force de Dieu, qui dirigeait ma route vers le bien, et je n'eus rien à craindre jusqu'au moment où je parvins à ce bateau.

Le jour même où j'y parvins, le bateau fut mis à l'eau et je leur parlai afin de payer pour pouvoir voyager avec eux; le capitaine en fut fâché et me répondit vivement et avec indignation : " C'est en vain que tu vas demander à venir avec nous ". Entendant cela, je m'éloignai d'eux afin de regagner une petite cabane où je demeurais. Chemin faisant, je me mis à prier et, avant d'avoir terminé ma prière, j'entendis l'un d'eux qui criait d'une voix forte derrière moi : " Viens vite, nous t'accueillons de confiance ; lie amitié avec nous de la manière que tu voudras ". Ce jour-là je refusai de leur baiser la poitrine, par crainte de Dieu mais surtout espérant qu'ils m'accorderaient de venir avec eux en prêtant serment par Jésus-Christ, car c'étaient des païens. Et grâce à cela, j'eus gain de cause auprès d'eux et nous levâmes aussitôt l'ancre.

Ayant touché terre au bout de 3 jours, nous marchâmes ensuite pendant 28 jours à travers une contrée déserte. Et la nourriture vint à leur manquer et " la faim s'appesantit sur eux " ; un jour, le capitaine se mit à me dire : " Hé bien, Chrétien, tu dis que ton Dieu est grand et tout-puissant; pourquoi donc ne pries-tu pas pour nous ? car nous sommes en danger de mourir de faim ; en effet, il y a peu de chances que nous revoyions jamais un être humain". Alors, moi je leur répondis avec assurance : " Convertissez-vous en vérité et de tout votre coeur au Seigneur mon Dieu - car rien ne lui est impossible - pour qu'il vous envoie aujourd'hui de la nourriture sur votre route jusqu'à ce que vous soyez rassasiés, car il en a partout en abondance ". Et c'est ce qui arriva avec l'aide de Dieu voici qu'un troupeau de porcs apparut sur le chemin devant nos yeux; ils en tuèrent beaucoup et restèrent 2 jours en ce lieu à se restaurer et à se refaire grâce à la viande des porcs ; et leurs chiens reçurent grande quantité, car un grand nombre d'entre eux étaient, en effet, tombés en défaillance et avaient été " abandonnés à demi morts " au bord du chemin ; ils rendirent ensuite hautement grâces à Dieu et je fus honoré à leurs yeux ; à partir de ce moment-là ils eurent de la nourriture en abondance ; ils trouvèrent même du miel sauvage et " m'en offrirent " ; mais l'un d'eux dit " On l'offre en sacrifice ". Dieu soit loué, je n'en avais pas du tout goûté.

La même nuit, au cours de mon sommeil, Satan m'assailla violement, dont je me souviendrai " tant que je vivrai dans ce corps ". Il tomba sur moi comme un énorme rocher et tous mes membres étaient réduits à l'impuissance. Mais d'où vint à l'esprit de l'ignorant que j'étais l'idée d'invoquer Élie ? Je vis à ce moment-là le soleil se lever dans le ciel et, tandis que j'appelais de toutes mes forces " Elie, Elie ", voici que l'éclat de ce soleil tomba sur moi et aussitôt me libéra de toute misère. Et je crois que j'ai été secouru par le Christ, mon Seigneur, et que c'est son Esprit qui criait alors pour moi et j'espère qu'il en sera de même au jour de mon angoisse, comme il est dit dans l'Evangile "En ce jour-là, le Seigneur l'atteste, ce n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de votre Père qui parle en vous."

Et de nouveau, bien des années plus tard, je fus emmené en captivité pour la seconde fois. La première nuit, je demeurai donc avec eux, j'entendis une voix divine qui me disait : " Tu resteras 2 mois avec eux ". Ce qui arriva la soixantième nuit, le Seigneur me délivra de leurs mains.

De plus, au cours de notre chemin, Dieu nous fournit chaque jour nourriture, feu et temps sec, jusqu'au dixième jour, où nous rencontrâmes des hommes. Comme je l'ai dit plus haut, nous avions marché 28 jours à travers le désert, et la nuit où nous rencontrâmes des hommes, nous n'avions plus rien comme nourriture.

Après quelques années, j'étais de nouveau en (Grande-)Bretagne [Brittanis] dans ma parenté ; ils m'accueillirent comme un fils et me conjurèrent de ne pas les quitter pour aller ailleurs, désormais du moins, après tant d'épreuves que j'avais endurées. Et c'est là que " je vis, dans une vision nocturne ", un homme du nom de Victorinus, qui paraissait venir d'Irlande avec d'innombrables lettres. Il m'en donna une et je lus le début de cette lettre où il était écrit " La Voix des Irlandais " ; et, tandis que je lisais le début de la lettre, je croyais entendre au même instant l'appel de ceux qui demeuraient à côté de la forêt de Voelute, qui est près de la mer Occidentale, et voici ce qu'ils criaient "comme d'une seule bouche : " Saint garçon, nous te prions de revenir marcher parmi nous ". Et je fus profondément ému dans mon coeur et ne pus continuer ma lecture, et c'est ainsi que je m'éveillai. Dieu soit loué, car au bout de nombreuses années le Seigneur exauça leur cri.

Et, une autre nuit - " si ce fut en moi ou en dehors de moi, je ne sais, Dieu le sait " -, des paroles furent dites avec beaucoup d'éloquence, paroles que j'entendis mais ne pus comprendre, si ce n'est à la fin du discours, où il fut dit " Celui qui a donné Sa vie pour toi, c'est Lui Qui parle en toi "; et ainsi je m'éveillai plein de joie.

Et, une autre fois, je Le vis Qui priait en moi; j'étais comme à l'intérieur de mon corps et je L'entendis au-dessus de moi, c'est-à-dire au-dessus de l'homme intérieur, et là Il priait à haute voix avec gémissements. Et pendant ce temps, j'étais dans la stupeur et l'étonnement et me demandais quel était celui qui priait en moi. Mais à la fin de la prière Il déclara qu'Il était l'Esprit; ainsi je m'éveillai et je me souvins des paroles de l'Apôtre : " Pareillement l'Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, ce qui ne peut s'exprimer à l'aide de mots " ; et encore " Le Seigneur, notre défenseur, demande à notre place."

Et je fus mis à l'épreuve par quelques-uns de mes aîinés, qui vinrent rappeler le souvenir de mes péchés, à l'encontre d'un épiscopat que j'exerçais avec peine, en ce jour-là, " je fus violemment ébranlé et près de tomber " ici-bas et pour l'éternité; mais le Seigneur épargna gracieusement celui qui s'était fait étranger et voyageur pour Son Nom, Il me secourut puissamment en cette épreuve. Vraiment, elle n'était pas moindre la honte et le blâme tombé sur moi ! Je prie Dieu " de ne pas leur imputer cela comme un péché ".

Ils trouvèrent contre moi un prétexte vieux de 30 ans, une confession que j'avais faite avant d'être diacre. L'âme abattue par l'angoisse, j'avais confié à un ami intime une action accomplie lorsque j'étais enfant, accomplie un seul jour, et même une seule heure, parce que je n'étais pas encore fort. Je ne sais pas, Dieu le sait -, si j'avais alors 15 ans, je n'avais pas Foi au Dieu vivant, je n'y avais pas cru depuis mon enfance - mais je vivais dans la mort et l'incrédulité jusqu'à ce que je fusse sévèrement châtié et " véritablement humilié, par la faim et la nudité ", et cela chaque jour.

D'autre part, je n'avais pas gagné l'Irlande de mon plein gré avant le moment où je tombai presque mort ; ce fut cependant plutôt pour mon bien, car le Seigneur me corrigea par là et me rendit capable d'être aujourd'hui ce dont j'étais jadis très éloigné, capable d'avoir le souci du Salut d'autrui et d'oeuvrer pour lui, tandis qu'alors je ne me souciais même pas à moi-même.

Donc, le jour même où je fus rejeté par les hommes que j'ai évoqués et mentionnés plus haut, je vis la nuit suivante " une vision nocturne ". Un texte déshonorant était placé en face de mon visage et j'entendis alors une voix divine qui me disait : " Pour notre malheur, nous avons vu le visage de Deisignatus " (dévoilant donc son nom). Elle ne dit pas " Pour ton malheur, tu as vu ", mais " Pour notre malheur, nous avons vu ", comme s'Il S'était uni à moi, ainsi qu'Il le dit : " Si quelqu'un te touche, c'est comme s'il touchait à la prunelle de mon oeil ".

C'est pourquoi je rends grâces à Celui Qui m'a fortifié en toutes choses, car Il n'a contrecarré ni le départ que j'avais décidé, ni l'oeuvre que j'avais apprise du Christ mon Seigneur ; mais, à partir de ce moment-là, " je sentis " davantage "en moi une force importante" et ma Foi fut éprouvée devant Dieu et devant les hommes.

C'est pourquoi, je le dis hardiment, ma conscience ne me reproche rien ni pour maintenant ni pour l'avenir : Dieu m'est témoin que je n'ai pas menti dans les paroles que je vous ai rapportées.

Mais je suis d'autant plus en peine pour mon ami intime de ce que nous ayons eu à entendre ce qu'il a dit. Lui, à qui j'avais même confié mon âme! Et, avant cette occasion où je dû me défendre, j'avais été informé par quelques frères - je n'étais pas présent, car je n'étais pas en (Grande-Bretagne et ce n'est pas moi qui l'ai proposé - qu'en mon absence il plaiderait pour moi; et lui-même m'avait aussi dit de sa propre bouche : " Voici que tu dois être élevé à la dignité épiscopale !", cette dignité dont je n'étais pas digne. Mais d'où lui vint ensuite l'idée de me déshonorer publiquement, devant bons et méchants, pour ce qu'auparavant il m'avait accordé de lui-même et avec joie - et qu'avait aussi accordé le Seigneur qui est plus grand que tous ?

Assez à ce sujet. Cependant je ne dois pas cacher le don que Dieu m'a accordé dans la terre de ma captivité, car alors je L'ai cherché ardemment et, à ce moment-là, je L'ai trouvé, et Il m'a sauvé de tout mal - à ce que je crois - à cause de son Esprit demeurant en moi et qui a agi en moi jusqu'à ce jour. A nouveau je le dit hardiment. Mais Dieu sait que si un homme m'avait dit cela, je une serais peut-être tu à cause de l'amour du Christ.

Par conséquent, je rends d'inlassables actions de grâces à mon Dieu Qui m'a gardé fidèle au jour de ma tentation, de sorte que je sais Lui offrir aujourd'hui mon âme en sacrifice vivant, à lui le Christ mon Seigneur, qui m'a gardé de toutes mes angoisses. C'est pourquoi je dis : " Qui suis-je, O Seigneur, et à quoi m'as-Tu appelé, Toi qui as oeuvré avec moi d'une manière si divine qu'aujourd'hui j'exalte et magnifie sans cesse Ton Nom parmi les païens, en quelque lieu que je sois, non seulement dans le bonheur mais aussi dans la tribulation ?" Donc quoiqu'il m'arrive de bien ou de mal, je dois l'accepter également et toujours rendre grâces à Dieu qui m'a appris à Lui faire confiance sans cesse, à Lui dont on ne peut douter, et qui m'a exaucé de sorte que, bien qu'étant ignare, j'ai osé entreprendre dans les tout derniers jours une oeuvre sainte et admirable - imitant donc ceux dont le Seigneur avait prédit longtemps à l'avance qu'ils annonceraient Son Evangile avant la fin du monde, en rendant témoignage devant toutes les nations. C'est cela que nous avons vu, c'est cela qui est accompli : nous en sommes témoins, l'Evangile a été prêché jusqu'aux lieux au-delà desquels il n'y a plus personne qui vit.

Il serait trop long de raconter l'un après l'autre tous mes labeurs, ou même une partie d'entre eux. Laissez-moi dire brièvement comment le Dieu très bon m'a souvent libéré de l'esclavage et de 12 dangers qui mirent ma vie en péril, sans compter de nombreux pièges et ce que je ne suis pas capable d'exposer par des mots. Je ne veux pas ennuyer les lecteurs, mais Dieu, qui sait toutes choses avant qu'elles n'arrivent, m'est garant du nombre de fois où une voix divine m'a averti, moi, le pauvre petit ignorant.

D'où me vient cette sagesse, qui n'était pas en moi alors que je ne savais même pas le nombre de mes jours et que j'ignorais Dieu ? D'où m'est venu ensuite un don si grand et si salutaire - connaître Dieu et L'aimer, bien qu'au prix de l'abandon de ma patrie et mes parents ?

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